L’accès à l’eau potable représente l’un des défis majeurs du XXIe siècle, exacerbé par les changements climatiques et la raréfaction des ressources. Pourtant, une innovation française pourrait bien changer la donne : le SunAir Fountain, un panneau capable de produire de l’eau à partir de l’humidité ambiante, sans recourir ni à l’électricité ni au réseau d’adduction. Présenté lors du salon VivaTech 2026, ce dispositif low-tech suscite l’engouement pour son potentiel à réduire notre dépendance aux bouteilles en plastique.
Développée par la start-up Agua de Sol, cette technologie repose sur un principe simple mais ingénieux. En captant l’humidité nocturne et en la transformant en eau potable grâce à l’énergie solaire, elle offre une solution autonome et écologique. Rencontre avec Luc Métivier, cofondateur de l’entreprise, qui dévoile les coulisses de ce projet ambitieux et ses premières applications concrètes, notamment auprès d’acteurs comme Orange ou l’OTAN.
Une innovation née d’une amitié et d’un défi technologique
L’histoire d’Agua de Sol et de son panneau révolutionnaire puise ses racines dans une rencontre vieille de quarante ans. Tout commence à l’armée, où Luc Métivier se lie d’amitié avec Philippe Dekoninck, un ingénieur passionné que l’on pourrait comparer à un Géo Trouvetou des temps modernes. Les deux hommes se perdent de vue, jusqu’à ce que Philippe, des années plus tard, contacte son ancien camarade avec une idée qu’il qualifie lui-même de « géniale ».
Après une phase de réflexion intense, Luc Métivier, alors financier, se laisse convaincre et devient le premier investisseur de la société, fondée en 2019. Le projet prend forme avec l’arrivée de nouveaux partenaires, dont l’IFPEN (Institut français du pétrole et des énergies nouvelles), et la création des premiers prototypes. Malheureusement, Philippe Dekoninck décède en pleine phase de développement, laissant Luc Métivier, novice en ingénierie, face à un choix crucial : abandonner ou reprendre le flambeau.
« Ce fut un véritable parcours du combattant », confie-t-il. Malgré les obstacles, il décide de s’investir pleinement à partir de 2021-2022, lève des fonds, reconstitue une équipe et séduit des institutions comme l’INPI (Institut national de la propriété industrielle). C’est ainsi qu’Agua de Sol a pu figurer parmi les huit start-up sélectionnées pour représenter l’INPI à VivaTech, un tremplin pour cette technologie prometteuse.
Le SunAir Fountain : comment l’air se transforme en eau potable
Le fonctionnement du SunAir Fountain repose sur un processus en deux étapes, exploitant les cycles naturels de l’humidité et de la chaleur. La nuit, un ventilateur aspire l’air ambiant à travers des tubes micro-perforés, remplis de billes poreuses spécialement conçues pour capter uniquement les molécules d’eau. Ces billes, fruit de plusieurs années de recherche en collaboration avec l’IFPEN, agissent comme un filtre ultra-sélectif, ne retenant que l’humidité présente dans l’air.
Au lever du soleil, le panneau, d’une surface d’un mètre carré, emmagasine la chaleur et atteint des températures dépassant les 100 °C. « Nous ne sommes pas dans le photovoltaïque, mais bien dans le solaire thermique », précise Luc Métivier. Sous l’effet de cette chaleur, l’eau captée s’évapore, puis se condense sur la vitre plus froide du panneau avant de s’écouler par gravité vers un réservoir. En une journée, un seul panneau peut produire jusqu’à deux litres d’eau, une quantité déjà significative pour des usages domestiques.
Pour illustrer son potentiel, le cofondateur prend l’exemple d’une famille de cinq personnes dans le sud de la France, où les restrictions d’eau deviennent monnaie courante en été. Avec un besoin quotidien estimé à dix litres, cinq panneaux installés dans un jardin suffiraient à couvrir leurs besoins en toute autonomie. Et les perspectives d’amélioration sont réelles : Agua de Sol travaille déjà sur des versions capables de produire trois à cinq litres par panneau, s’inspirant de la progression exponentielle observée dans le domaine du photovoltaïque.
Un dispositif sécurisé pour une eau de qualité
Si le principe de base semble simple, la qualité de l’eau produite reste une priorité absolue. Une fois collectée, l’eau passe par un système de filtration classique, similaire à ceux utilisés dans les carafes filtrantes domestiques, pour éliminer d’éventuelles impuretés. « Notre objectif est de garantir une eau potable, conforme aux normes sanitaires en vigueur », souligne Luc Métivier. Les premiers tests, prévus dès cet été chez des partenaires comme Orange ou Valorem, permettront d’affiner le processus et de valider son efficacité en conditions réelles.
Cette technologie présente un avantage majeur : son indépendance totale vis-à-vis des infrastructures existantes. Sans besoin d’électricité ni de raccordement au réseau d’eau, le SunAir Fountain s’adresse aussi bien aux zones urbaines qu’aux régions isolées ou touchées par des pénuries. Son caractère low-tech et sa facilité de fabrication en font également une solution accessible, y compris pour les pays en développement.
FAQ
Comment fonctionne exactement le SunAir Fountain ?
Le panneau capte l’humidité de l’air la nuit grâce à des billes poreuses, puis utilise la chaleur du soleil pour transformer cette humidité en eau potable. Le processus ne nécessite ni électricité ni réseau d’eau.
Quelle quantité d’eau peut produire un seul panneau ?
Actuellement, un panneau d’un mètre carré produit jusqu’à deux litres par jour. Les prochaines versions pourraient atteindre trois à cinq litres, selon les conditions climatiques.
L’eau obtenue est-elle vraiment potable ?
Oui, l’eau passe par un système de filtration classique pour éliminer les impuretés et répondre aux normes sanitaires. Des tests sont en cours pour valider sa qualité.
Où peut-on installer ces panneaux ?
Ils peuvent être installés partout où l’humidité de l’air est suffisante, que ce soit en ville, à la campagne ou dans des zones isolées, sans besoin de raccordement.
Quand cette technologie sera-t-elle disponible pour le grand public ?
Les premiers déploiements chez des partenaires comme Orange ou l’OTAN sont prévus dès cet été. Une commercialisation plus large dépendra des résultats de ces tests.
Conclusion
Le SunAir Fountain d’Agua de Sol incarne une avancée majeure dans la quête de solutions durables pour l’accès à l’eau potable. En exploitant l’humidité de l’air et l’énergie solaire, cette technologie française offre une alternative crédible aux bouteilles en plastique, tout en réduisant notre dépendance aux infrastructures traditionnelles. Son caractère autonome et low-tech en fait un outil particulièrement adapté aux défis des zones urbaines comme rurales, y compris dans les régions confrontées à des pénuries.
Les prochains mois seront décisifs pour Agua de Sol, avec les premiers tests grandeur nature prévus chez des partenaires de renom. Si ces essais confirment les promesses du SunAir Fountain, cette innovation pourrait bien révolutionner notre rapport à l’eau, en proposant une solution à la fois écologique, économique et accessible. Une avancée qui rappelle que les réponses aux enjeux environnementaux se trouvent parfois là où on ne les attend pas : dans l’air que nous respirons.
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